lundi 7 juin 2010

USA. TV. 2010, la fin d'une ère?



Je sais. J'enfonce une porte ouverte. Je ne suis pas le seul à avoir remarqué qu'une page de la fiction américaine vient d'être tournée avec l'arrêt de quelques séries les plus emblématiques des années 2000 : "24 heures chrono", "Nip Tuck" ou encore "Lost" ont en effet fait leurs adieux après avoir marqué une génération de serievores. Mais il est impossible d'écrire sur les séries et de ne pas rendre hommage à ces séries mythiques.




Comme beaucoup d'entre vous, je fais partie de cette génération qui a appris que la série télé pouvait être passionnante à l'aube des années 2000 avec des séries made in HBO comme "Les Sopranos" (1999-2007), "Six feet under" (2001-05), "Deadwood" (2004-06) ou encore "La caravane de l'étrange" (2003-05). Des séries qui affichaient à la fois un ton nouveau et surtout une construction narrative feuilletonnante qu'on avait plus l'habitude de voir dans des soaps ou à la limite dans des mini séries que dans des séries de 55 mn.

Il faut dire qu'elles sont arrivées au bon moment. Déjà dans les années 90, des séries au ton rajeuni, loin des déjà vieilleries des années 80 qu'on regardait dans le canapé familial les dimanches après midi (mais dont on se souvient avec nostalgie!), avaient largement aiguisées notre intérêt comme la série fantastique X-Files aka "La vérité est ailleurs" (1993-2002) ou la mythique sitcom "Friends" (1994-2004). De plus, l’arrivée du DVD a permis un autre mode de consommation des séries et facilité le visionnage d’épisodes qui se suivent – on peut ainsi voir toute une saison à la suite (qui dans sa boulimie sériesque n’a jamais avalé un coffret d’une série en une ou deux journées ?).

Avec HBO, la série télé a pris encore une autre dimension, elle a gagné en ambition quitte à devenir parfois élitiste. Est-ce que "Les Sopranos" ou "Six Feet under" ont quelque chose à envier aux productions cinématographiques? Pas vraiment. Il nous est d'ailleurs arrivé de penser à l'époque que la télévision américaine était finalement bien plus excitante que le cinéma made in Hollywood. Ceci dit, on ne pouvait pas vraiment parler d'une vague de fond. Aux Etats Unis, HBO n'est pas tout à fait une chaine mainstream, ses taux d'audience n'ont rien à voir avec ceux des grandes chaines américaines (Fox, NBC,...).

Pourtant, la veine feuilletonnante a rapidement conquis les grandes chaines américaines. "24 heures chrono" (2001-2010), "Prison break" (2005-09), "Lost" (2004-2010) ou encore "Heroes" (2006-2010) en matière de dramas, ou "Desperate housewives" (depuis 2004) dans les sitcoms. Les réussites sont rares mais impressionnantes (pour une poigne de réussites combien de séries ont été abattues en plein vol au bout de quelques épisodes?). Les survivantes créent un véritable besoin chez les téléspectateurs, et se répandent comme une trainée de poudre sur la toile où des fans du monde entier, qui ne peuvent attendre pour avoir leur dose, sous titrent à la volée les épisodes pour des légions de drogués qui peuvent ainsi voir les épisodes des grandes séries US avec seulement deux ou trois jours de décalage par rapport aux Américains.

Mais une construction narrative feuilletonnante n'a pas que des avantages. La saison 3 de "Lost" est loin d'être considérée comme la meilleure, mais peut-on faire comme si elle n’existait pas pour aller directement à la saison 4? Non, pas vraiment. Et une fois que vous avez perdu vos fans, vous n'avez plus guère de chance de les récupérer. Quand on arrête de regarder une telle série, il y a peu de chances qu'on y revienne.

A cet égard, la fameuse grève des scénaristes de l'automne 2007 a fait l'effet d'un tremblement de terre. Saisons écourtées, épisodes bâclés,... Pour des séries feuilletonantes, c'est un véritable cauchemar. Plusieurs épisodes de mauvaise qualité qui se suivent, une mauvaise direction, et hop tout s'écroule. Certaines séries ne s'en sont jamais remises. Le meilleur exemple en est "Heroes" qui après avoir fait l'objet d'un véritable culte dès sa première saison est aussitôt retombée dès la deuxième saison, les scénaristes s'étant fourvoyés dans une mauvaise direction et n'ayant pu redresser la barre assez vite (en partie à cause de la grève des scénaristes). Pareil pour "Prison break" qui est à la même époque dans sa troisième saison et n'arrive pas à se renouveler.

Se renouveler, garder le téléspectateur en haleine. Tel est le maitre mot des séries feuilletonnantes qui tentent parfois le tout pour le tout... quitte à aller trop loin. Dans la saison 5 de "24 heures chrono", Jack Bauer affronte le président américain himself. Après ça, difficile de revenir dans des complots terroristes qui paraissent presque anodins (même avec son lot d'ogives nucléaires!). Surtout que la construction narrative particulièrement innovante de "24 heures" devient au fil du temps son talon d'Achille. Difficile de se renouveler dans un tel carcan (en acier trempé).

De son côté, "Nip Tuck" a tenté le coup de la provocation à outrance. Cette série sur la chirurgie esthétique qui nous propose une forte dose de sexe, de fric et d'opérations filmées genre scène de boucherie, avait-elle finalement vraiment quelque chose dans les tripes? Après deux saisons, regarder la série tourne au calvaire. La sixième et dernière saison marquera même une apothéose. Le téléspectateur en vient à souffrir devant des personnages qui changent de personnalité comme de chemise, les trames narratives soudainement abandonnées en cours d'épisode,... Les renversements de situation sont constants et on a finalement l'impression d'être dans un grand huit (sauf que le wagon n'est même pas sur des rails et qu'il est impossible d'anticiper les virages à 180° ou les plongeons dans le vide scénaristique).

Pour les séries feuilletonnantes, peut être encore plus que pour les autres, le plus grand risque est la saison de trop, celle qui va provoquer l'ire des fans et la chute des taux d'audience. Ce qu'on pourrait appeler désormais la Nuptickisation d'une série! Vous la regardez encore par habitude, mais vous n'avez plus qu'une envie "Qu'on arrête le massacre". Et finalement quand la série s'achève vous en venez à pousser un ouf de soulagement. A regarder aujourd'hui "Desperate housewives", j'en viens à prier pour qu'elle s'arrête (voir ma chronique de la saison 6). De même pour "Damages" dont la première saison était réussie, mais qui a rapidement viré à l'ennui (en dépit de la présence de Glenn Close). Difficile encore une fois de se renouveller, et de créer des dizaines et des dizaines d'heures de programme, toujours sur le même concept, le même style, la même ambiance.

Aujourd'hui, à cause de la crise et peut-être en raison des risques, on revient finalement à des séries à la construction plus classique - et certaines séries tentent le grand écart entre le feuilletonnant et l'épisode qui se suffit à lui-même. La série feuilletonnante n'est pas morte pour autant. "Weeds"(depuis 2005), "True Blood" et "Breaking Bad" (depuis 2008) sont encore bien là et se portent plutôt bien, merci. Mais on a comme l'impression que les productions en la matière ont un peu revues leurs ambitions à la baisse et sont de moins en moins nombreuses.

Une page est tournée. Mais les projets continuent d'éclore outre-atlantique, ou ailleurs, et nous sommes toujours à la quête de nouvelles perles télévisuelles. Quitte à s'armer de patience, et à engouffrer gloutonnement des pilotes pas toujours digestes.

2 commentaires:

Lilas Conuts a dit…

Hello
C'était triste aucun commentaire donc je me lance.
J'aime bien ta façon d'écrire c'est simple et clair
Une question si je peux ?
Feuilletonant(e) c'est un de tes néologismes ?

Nicolas Botti a dit…

C'est vrai que j'aime bien les néologismes, mais non je ne suis malheureusement pas l'inventeur de l'expression "série feuilletonnante".