mardi 11 mars 2014

TV. USA. "True detective", du buddy cop pas comme les autres ?



C'est sans nul doute LA série qui a enflammé les esprits lors de cette saison télévisée 2014-2015.  Une série criminelle comme vous n'en avez pas vu depuis longtemps. Du vrai, du dur mais aussi de l'existentiel !

HBO a encore le bon goût de se lancer parfois dans des projets audacieux. "True Detective" est très éloigné de ce qu'on peut actuellement voir à la télé américaine en matière de séries criminelles. Même "The Killing", plus sombre et torturée que nombre de séries criminelles US, et avec laquelle "True Detective" partage un certain nombre de poins communs, parait facile d'accès si on la compare à cette dernière.

Un rythme très lent, deux anti-héros, de longs moments de bavardages existentiels, une construction narrative qui repose sur des flashbacks,... Franchement c'était pas gagné.


Le pitch est assez classique même s'il introduit une dualité de temps qui traverse toute la série à coup de flash backs - la série se déroule en deux points temporels bien distincts : 1995 et 2012.  "La première saison se déroule en Louisiane, en 1995, et narre l'enquête de deux inspecteurs de la Louisiana State Police, Rust Cohle et Martin Hart, chargés de résoudre le meurtre d'une jeune femme coiffée de bois de cerfs et tatouée de dessins sataniques. Alors qu'ils ont quitté la police, ils sont contactés en 2012 par deux autres inspecteurs alors qu'un meurtre similaire a été commis." (dixit wikipedia).

On voit donc les deux anti héros a deux points très différents de leur vie. Et là autant dire que la série devait se reposer sur deux grands acteurs pour rendre crédible ce changement. Et le génie de la série est de s'appuyer sur un casting irréprochable : Woody Harrelson et Matthew McConaughey (ce dernier vient de remporter l'oscar du meilleur acteur pour sa performance dans "Dallas Buyers club"). Les deux en font des tonnes pour être honnête, Harrelson dans le genre plouc et macho et Mc Conaughey dans le genre sociopathe illuminé. On a envie plusieurs fois de leur foutre des baffes. Mais la confrontation de ces deux opposés, et leur interprétation caricaturale mais habitée, est responsable en bonne partie de la réussite de la série.

"True Detective" est vraiment atypique dans sa forme pour une série américaine. Elle a été créée sous forme d'anthologie (ce qui veut dire que les prochaines saisons ne reprendront pas les mêmes personnages, ni ne continueront l'intrigue). Ensuite la première saison n'est constituée que de huit épisodes qui ont été entièrement écrits par son créateur Nic Pizzolatto (ancien enseignant, qui a sorti un roman en 2010 et qui a fait ses gammes à la télé sur... The Killing) et filmés par Cary Fukunaga.

Du coup l'ensemble garde une grande cohésion du début à la fin, sans à mon sens d'épisode plus faible que les autres. Le premier épisode peut déconcerter et vous pouvez vérifier avec le second si vous vous adaptez au ton et au rythme de la série. Mais n'attendez pas que celle-ci devienne plus accessible au fil des épisodes... et surtout n'attendez pas un grand final, un feu d'artifice, une révélation (ou alors vous serez déçus et que vous aurez pris la série pour ce qu'elle n'est pas).

La lenteur du rythme, les nombreuses discussions existentielles ou les flashbacks font donc partie intégrante du concept. Comme le troisième personnage présent dans quasiment tout les plans, qui hante la série de sa moiteur, l'Amérique profonde dure et sauvage qui semble abriter les coins les plus reculés et dégénérés de la planète ! Dans "True Detective", il y a des meurtres sauvages, de l'inceste, de la pédophilie, des communautés religieuse qui font peur, des cultes étranges, beaucoup de folie... Mais in fine, la vraie histoire n'est pas la quête du serial killer (j'avoue qu'à un moment j'ai arrêté d'essayer de comprendre ce qu'ils faisaient et pourquoi !). Non la vraie histoire est celle de ces deux ex-policiers torturés qui se détestent et finissent par se retrouver 17 ans plus tard pour finir leur enquête inachevée.

Donc pour répondre à la question que je pose dans le titre, oui la série reprend pas mal de codes du buddy cop movie mais apporte de la fraîcheur et se distingue de la médiocrité dans laquelle est tombée depuis longtemps le genre.

Il sera en tout cas vraiment intéressant de voir comment le créateur Nic Pizzolatto développera sa série sur la saison 2. L'équilibre de "True Detective" est très fragile, pas sûr qu'il saura ou même qu'il soit possible de répéter deux fois le même petit miracle que constitue cette première saison. "True Detective" tient debout grâce à son charme vénéneux, mais de justesse.

 Note : 7/10

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