jeudi 3 février 2011

France. TV. "A la recherche du temps perdu". Le massacre continue.


Mardi 2 et mercredi 3 février, les téléspectateurs français ont pu découvrir "A la recherche du temps perdu", basé sur l’oeuvre de Marcel Proust, et, son histoire personnelle, sur France 2. La chaine, sûrement guidée par une forte volonté de dégoûter les français de toute velléité de lecture, n'a pas hésité à massacrer l'auteur, avec un téléfilm laid, ennuyeux à mourir, mal réalisé et interprété avec les pieds.

"A la recherche du temps perdu" est donc l'un de ces cataclysmes télévisuels que sait nous mitonner la télévision française et où il n'y a strictement rien à sauver. La voix off, ânonnante, du narrateur, est le cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire. L'acteur principal, Micha Lescot, a l'air de s'ennuyer ferme et nous livre un Proust tête à claque, sans aucune présence. Je ne sais pas pourquoi M. Lescot hait autant Proust, mais ce dernier a dû lui faire une sacrée crasse.

Nina Companeez mérite en tout cas toutes les éloges. Rarement ai-je vu une réalisation disparaitre autant derrière son sujet. Elle aurait pu filmer M. Lescot lisant de larges extraits de l'oeuvre de Proust, en plan fixe, cela aurait été tout aussi passionnant.

En fait, cette adaptation littéraire (pourtant assez libre d'après ce que j'ai cru comprendre) donne envie d'envoyer à toute l'équipe du film, et à la chaine, les deux coffrets "Jane Austen" récemment sortis aux éditions Koba Films. Ces coffrets reprennent des téléfilms de la BBC et de ITV. Tous réussissent là où "A la recherche du temps perdu" se plante lamentablement. J'ajouterai dans le colis le génialissime "Talking Heads" d'Alan Bennett, qui prouve qu'on peut faire également de la fiction télé de grande qualité avec des monologues filmés en plan fixe, juste en s'appuyant sur une écriture et une interprétation hors norme. Mais bon, encore faut-il réunir ces deux dernières conditions!

Preuve qu'il y a une justice dans ce bas monde, le téléfilm a fait un flop. D'après toutelatele.com, mardi 1er février, 3.2 millions de curieux, soit 12.6% des téléspectateurs, se sont intéressé à la jeunesse de l’écrivain. Le lendemain 600.000 spectateurs avaient laissé tomber. Seulement? aurait-on tendance à dire.

dimanche 23 janvier 2011

TV. USA. "Episodes" ou la TV US au mixer?


"Episodes" est l'une des nouvelles séries de Showtime. Elle mérite toute notre attention, au moins parce qu'il s'agit d'une co-production anglo-américaine (fait quand même relativement rare). La série a été créée par deux producteurs américains David Crane (co-créateur de Friends) et Jeffrey Klarik (Half & Half, the Class) pour Hat Tricks productions (Father Ted, Have I got news for you).

De plus niveau acteurs, on retrouve des acteurs anglais de grande classe : Stephen Mangan (Green wing, dirk gently) et Tamsin Greig (Green wing, black books).

Enfin, la série, dont le premier épisode a été diffusé le 9 janvier aux Etats-Unis, et le lendemain en Angleterre (sur BBC2), aborde un sujet qui nous intéresse au plus haut point : le cas des séries anglaises à succès qui sont récupérées par des chaines américaines qui tournent à la va-vite des adaptations désastreuses qui ne dépassent généralement pas le stade de pilote : "Coupling", "the IT crowd",...

Au début du pilote de "Episodes", le producteur américain rencontre un couple de scénaristes qui viennent de remporter le BAFTA. Il se déclare fan de leur série ("j'aime tellement votre série que j'aimerais lui faire l'amour") et leur propose de venir à Los Angeles pour en signer l'adaptation américaine. Évidemment, une fois sur place, rien ne sera simple,...

La série a pour l'instant surtout fait parler d'elle car elle marque le grand retour de Matt le Blanc (Joey dans "Friends"). Ce dernier ne fait qu'une courte apparition dans le pilote, mais sera bien sûr le personnage central de la série (d'après les producteurs, la série n'aurait pu se faire sans son implication).

La série serait une revanche personnelle de la part du co-auteur Jeffrey Klarik qui, bien qu'il soit américain, a dû souvent faire face à la bêtise de certains producteurs américains et affronter le côté rouleau compresseur de la production made in US.

Le premier épisode décrit bien les obstacles que doivent rencontrer les scénaristes nouvellement arrivés aux Etats Unis (le fait qu'ils soient anglais ne sert qu'à renforcer la dénonciation du système dans une tradition satirique bien connue depuis belle lurette - voir les "Lettres persanes" de Montesquieu ou "les voyages de Gulliver" de Swift). Même si la série pour l'instant joue plutôt de l'ironie que de l'humour facile typique aux sitcoms (et risque ainsi de décontenancer certains spectateurs), elle a été plutôt bien accueillie par la critique et le public.

Rien que par son sujet, la série est à suivre. On lui souhaite longue vie!

UK. TV. Dirk Gently. Promesses tenues?


"Dirk Genlty" est un pilote qui a été diffusé en décembre dernier sur BBC4. Basé sur les romans de Dirk Gently signés Douglas Adams, un auteur anglais culte. Je vous invite à lire ma critique sur mon site consacré à l'auteur : http://voyageurgalactique.com/dotclear/index.php?post/2011/01/23/Dirk-Gently-debarque-a-la-TV.-Des-promesses-tenues

samedi 8 janvier 2011

IRL-CAN. TV. "The Tudors", du sexe, du sang et du luxe!



"The Tudors" pourrait en fait aussi bien s'appeler "Henry VIII" tant la série est totalement centrée sur ce personnage de roi tyrannique, égocentrique et cruel et sa vie amoureuse pour le moins rocambolesque.

"The Tudors" est une co-production américaine, canadienne et Irlandaise, tournée en Irlande. On peut s'étonner qu'une fiction historique sur une des périodes les plus connues de l'Angleterre ne soit pas produite ou co-produite par la BBC ou ITV. Mais cela a sûrement donné à la série les coudées franches pour pouvoir prendre plus de libertés avec l'histoire.

Car on ne peut pas dire que "The Tudors" s'embarrasse d'un trop grand respect des faits historiques. Ainsi que le créateur Michael Hirst le notait, "Showtime m'a demandé d'écrire un divertissement, un soap opera, pas un récit historique.... Et nous voulions que les gens la regardent."

Effectivement dans la vie personnelle d'Henry VIII on peut largement trouver de quoi faire un bon soap : après tout on parle d'un roi qui a eu six femmes, en a fait décapiter deux (technique qu'il a également utilisée pour se débarrasser tous ceux - collaborateurs et nobles - qui osaient se placer sur son chemin), et a inventé un nouvelle église, indépendante du Vatican, l'Église d'Angleterre dont il était le chef (en partie pour pouvoir se remarier à sa guise), et était obsédé par le fait d'avoir une descendance mâle. Il a également ruiné son royaume et s'est lancé dans une tentative d'invasion avortée de la France.

Ceci dit, Micheal Hirst est un scénariste anglais très pointu sur la question qui est également l'auteur des deux adaptations de la vie d'Elizabeth I, la fille d'Henry VIII, avec Cate Blanchett dans le rôle titre. Bref, les libertés prises avec l'histoire restent du domaine de l'acceptable (c'est surtout les personnages secondaires comme pour le compagnon d'Henry VIII, Charles Brandon, Duc de Suffolk, dont la vie a été largement modifiée).

Et le moins qu'on puisse dire c'est que la production n'a pas lésiné sur les décors et les costumes, et justifie une partie du plaisir qu'on peut ressentir en regardant "The Tudors".

Reste que pour moi, cette série qui s'est illustrée sur quatre saisons de 2007 à 2010, et couvre grosso modo du mariage avec Catherine d'Aragon à sa mort (soit une période d'environ 22 ans), souffre justement de son côté trop "soap opéra", et également de s'être trop concentré sur le personnage d'Henry VIII qui n'est pas vraiment sympathique, et qui finit par lasser tellement qu'il est insupportable et sans finesse. De plus, l'interpréation donnée par Jonathan Rhys Meyers dans le rôle titre est inégale (et tout simplement catastrophique dans les derniers épisodes, où il adopte un phrasé ridicule pour incarner la vieillesse et la maladie). Sans parler du fait que Henry VIII ressemblait bien plus dans la réalité à Charles Laughton (qui l'a incarné dans "la vie privé d'Henry VIII") qu'à un beau gosse comme Jonathan Rhys Meyers.

Malgré ses défauts, rendons hommage à "The Tudors" qui s'est finalement révélé être une série historique agréable et bien faite.


USA. TV. "The walking dead". Trop de zombies tue-t-il le zombie?



Je vous en ai parlé dans mon précédent article : actuellement les zombies sont très à la mode. Il ne manquait plus qu'une série télé américaine à gros budget, et nous voici donc comblés grâce à AMC, chaine qui est responsable de deux chefs d'oeuvres télévisuels : "Breaking bad" et "Mad men".

"The walking dead" est l'adaptation d'un comic, publié aux USA à un rythme mensuel depuis 2003, et créé par Robert Kirkman. Ce comic en noir et blanc raconte les aventures de Rick Grimes, un policier d'une petite ville du Kentchucky, qui tombe dans le coma suite à un coup de feu. Quand il sort du coma quelques mois plus tard, l'hôpital est désert. Il trouve rapidement des cadavres dans les couloirs. Quand il rentre chez lui, sa femme et son fils ne sont plus là. La ville semble abandonnée. Mais des gens au comportement étrange errent dans les rues, et il ne devra sa vie sauve qu'à un homme noir qui s'est réfugié avec son fils dans le quartier.

Rapidement Grimes va décider de partir vers Atlanta, à la recherche de sa petite famille, où d'après son sauveur, sont réfugiés des survivants.

Les bases du comic sont très simples, mais son côté très psychologique a fait son succès. On est assez proche en ce sens des premiers films de Romero où finalement les relations entre les survivants sont primordiales, exacerbées par le danger qui rôde. Pareillement, et comme tout bonne oeuvre post-apocalyptique, "The walking dead" traite de survie, d'entraide, de haine, de pouvoir au sein d'un petit groupe d'individu qui doit faire face à l'indicible, au danger permanent, au renversement quasi-quotidien de ses valeurs et de ses certitudes.

Mais le côté épisodique de "The Walking dead" (80 numéros à ce jour) a un impact non négligeable. Pour tenir en haleine les lecteurs chaque mois, Robert Kirkman doit enchainer les cliffhangers, les catastrophes inattendues qui viennent bouleverser la donne, et joue beaucoup sur les sentiments de ses personnages, qui parfois frôlent la caricature. On serait presqu'en présence d'un soap pour geek.

En lisant le comic, il parait assez évident qu'on pourrait facilement en tirer une série télé. Et c'est Frank Darabond (scénariste-réalisateur de nombreux films d'épouvante et fantastiques basés sur l'oeuvre de Stephen King dont "La ligne verte", le remake de "The mist", "Les Evadés") qui s'est chargé de l'adaptation du comic sur le petit écran. Pour le seconder, Darabond a recruté un scénariste réputé, Charles H. Eglee, qui a co-créé Dark Angel, et a été scénariste et producteur exécutif sur "Dexter" et "The shield".

Pour sa part, si AMC a limité la première saison a six épisodes, la chaine a fait d'énormes efforts de promotion, la série ayant débuté quasi simultanément dans 120 pays avec l'appui de la FOX, et orginisé une invasion massive de zombies le 26 octobre.

Malgré de beaux décors et de nombreux zombies (on voit que la production n'a pas manqué de moyens), le résultat est très mitigé. Il s'agit d'une adaptation très fidèle du comics, mais ici les dialogues virent pour le coup franchement vers le soap et le héros n'a strictement aucun charisme. Après un pilote plutôt réussi, on se retrouve assez rapidement dans un schéma assez répétitif : d'un côté on a les scènes de gore, et de l'autre les scènes psychologiques, le tout n'étant pas assez bien amené pour ne pas générer de l'ennui, et un sentiment de répétition.

Reste que mon avis n'a pas l'air d'être partagé par beaucoup de critiques qui ont en majorité très bien accueilli la série. AMC a d'ailleurs décidé de commander une deuxième saison de 13 épisodes dont le tournage commence en février... mais sans Charles H. Heglee, qui d'après Darabond lui-même, en avait marre de jouer les seconds couteaux. Pour l'instant il est trop tôt pour dire si ce départ jouera un rôle positif ou non sur le développement de la série.


vendredi 31 décembre 2010

Culture. 2010, l'année zombie?



Pour bien finir 2010, pourquoi ne pas aborder l'une des actualités majeures de l'année? Le scandale du Mediator qui a causé des milliers morts juste pour enrichir un vieux salopard? La fabuleuse aventure des 33 mineurs chiliens qui ont survécu 69 jours à 700m sous terre? Nicolas Sarkozy, qui s'accroche au pouvoir malgré des élections perdues (ah zut mes doigts ont glissé sur le clavier, je voulais bien sûr parler de Laurent Gbagbo)?

NON. Je veux bien entendu parler de la nouvelle vague d'invasion de zombies amorcée en 2004 et qui s'est accélérée à partir de 2008 pour connaître son apogée cette année.


mardi 14 décembre 2010

USA. TV. "Dexter" saison 5, toujours aussi saignant?



"Dexter", c'est notre serial killer favori, celui que vous aimeriez lancer sur les traces de votre immonde belle-mère (qui franchement le vaut bien) ou de votre contrôleur fiscal favori. Mais "Dexter" c'est avant tout une excellente série qui a su s'imposer au fil des saisons, comme un classique. Et c'était pas gagné d'avance quand on pense au côté vraiment morbide du concept de base du héros serial killer, adapté des romans de Jeff Lindsay.

La réussite de la série est à la fois due à l'interprétation de Michael C.Hall, à un rythme assez lent qui mise sur l'ambiance, et à une voix off qui permet d'entrer dans la personnalité Dexter et de l'humaniser.

La série de Showtime a probablement connu sa meilleur saison l'année dernière avec enfin un adversaire de taille pour notre héros : Arthur Mitchell (joué à la perfection par John Lithgow), et un bon équilibre entre les enquêtes et la vie privée de Dexter... La saison se concluant en apothéose morbide, un choc total pour les fans.

Bref, difficile de rebondir après ça. Le premier épisode de la saison 5 nous a permis de découvrir un Dexter aux limites de son humanité. La suite de la série a juxtaposé le très bon et le nettement moins bon. L'une des intrigues conduit à une impasse et est abandonnée à mi-chemin (celle des meurtres rituels). Peter Weller (si, si Robocop)fait une apparition remarquée en flic ripoux, mais son rôle est sous exploité. Joey Quinn, nouvel amant de la soeur de Dexter, est agaçant au plus haut point (et ses hésitations existentielles entre "je livre le frère de ma copine" et "oui mais je la perds" sont plutôt pathétiques). On a également droit à Lumen, une "killing buddy" pour Dexter... Problème, les scénaristes nous ont déjà fait le coup.

Alors ok, le (très) méchant de service vaut son pesant de cacahuètes. Mais Jordan Chase n'est pas Arthur Mitchell. Et sa psychologie n'est pas assez décortiquée pour lui donner une véritable présence.

Quant au "season finale", il ne casse pas des briques. Loin s'en faut. N'attendez pas d'apothéose cette fois-ci. La fin de la saison 5 ne relance pas l'intrigue, et laisse planer quelques doutes sur les perspectives scénaristes pour une saison 6 déjà annoncée.

Bref, cette cinquième saison n'est pas déshonorante mais on attend mieux de Dexter. On croise donc les doigts pour une saison six qui devra être mémorable.

vendredi 12 novembre 2010

UK. TV. "Not Only... But also", back to classics!


Et hop comme j'ai un petit coup de mou sur les séries américaines (voir le précédent post), la solution est simple : Back to classics! Voici donc un classique de l'humour anglais qui date de 1964, une émission à sketchs plutôt qu'une série (mais ça reste de la fiction, non?), le délectable "Not only... But also" avec Peter Cook et Dudley Moore, deux géants de l'humour anglais.

Ma chronique de "Not only... But also" est ici sur le blog du Grand Ordre de la Serviette.